Le prix repère de vente de gaz naturel publié par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a augmenté de 6,3 % au 1er octobre 2026. Il s'établit à 182,88 euros le mégawattheure TTC en moyenne, contre 172,05 euros en septembre. Pour un logement chauffé au gaz dans la zone de distribution de GRDF, le kilowattheure atteint environ 0,1456 euro TTC, avec un abonnement d'environ 360,79 euros par an.

Cette hausse prolonge une série d'augmentations engagée depuis le début de l'année, sous l'effet de la crise au Moyen-Orient. Elle intervient alors que l'Europe aborde l'hiver avec des stocks de gaz jugés historiquement bas par les gestionnaires de réseaux, ce qui laisse craindre de nouvelles tensions dans les mois à venir.

Ce qu'est le prix repère

Depuis la fin des tarifs réglementés de vente de gaz, le 30 juin 2023, la CRE publie chaque mois un prix repère. Ce n'est pas un tarif obligatoire, mais un prix de référence calculé à partir des coûts d'approvisionnement sur les marchés de gros, des coûts d'acheminement, des coûts commerciaux et des taxes. Il sert de base à de nombreuses offres de marché indexées.

Les ménages dont le contrat est indexé sur le prix repère voient donc leur facture évoluer chaque mois au rythme de ses variations. Ceux qui ont souscrit une offre à prix fixe sont protégés jusqu'à l'échéance de leur contrat.

Les chiffres d'octobre

Indicateur Septembre 2026 Octobre 2026
Prix repère moyen (TTC) 172,05 euros/MWh 182,88 euros/MWh
Évolution sur un mois +6,3 %
Prix du kWh, usage chauffage, zone GRDF (TTC) Environ 0,1456 euro
Abonnement annuel, usage chauffage (TTC) Environ 360,79 euros

La hausse porte essentiellement sur la part énergie, qui reflète les prix sur les marchés de gros. Les autres composantes, acheminement et taxes, évoluent selon leur propre calendrier.

Ce que cela représente pour un ménage

Pour un logement chauffé au gaz qui consomme 12 000 kWh par an, ordre de grandeur d'une maison moyenne, le passage du prix de septembre à celui d'octobre se traduit par une hausse de facture significative s'il est maintenu sur l'année.

Consommation annuelle Surcoût annualisé d'une hausse de 10,83 euros/MWh
5 000 kWh (cuisson et eau chaude, petit logement) Environ 54 euros
12 000 kWh (maison moyenne chauffée au gaz) Environ 130 euros
20 000 kWh (grande maison mal isolée) Environ 217 euros

Ces montants, calculés par la rédaction sur la base de l'écart de prix moyen entre septembre et octobre, sont des ordres de grandeur : la facture réelle dépend de la répartition de la consommation sur l'année, concentrée en hiver, et de l'évolution du prix les mois suivants.

Notre article de septembre sur la hausse de la facture de gaz depuis janvier détaillait le cumul des augmentations depuis le début de l'année.

Pourquoi le gaz augmente

Le conflit au Moyen-Orient

Depuis la fin février 2026, le détroit d'Ormuz est au cœur d'un conflit ouvert impliquant l'Iran. Ce passage maritime voit transiter en temps normal environ un cinquième des échanges mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), notamment en provenance du Qatar. Les perturbations du trafic réduisent l'offre de GNL disponible pour l'Europe et l'Asie, qui se disputent les cargaisons.

La dépendance européenne au GNL

Depuis l'arrêt de la plupart des importations de gaz russe par gazoduc après 2022, l'Europe dépend fortement du GNL, importé des États-Unis, du Qatar et d'autres producteurs. Toute tension sur ce marché mondial se répercute directement sur les prix européens.

Les prix de gros

Sur le marché de gros français, le contrat du point d'échange de gaz (PEG) pour livraison en novembre 2026 se négociait autour de 85,88 euros le mégawattheure le 18 octobre, selon les données relayées par la presse spécialisée. C'est plusieurs fois le niveau observé avant la crise de 2022 et nettement au-dessus de celui de 2025.

Des stocks européens au plus bas avant l'hiver

Les stockages souterrains de gaz jouent un rôle de tampon pendant l'hiver, lorsque la consommation dépasse les capacités d'importation. Leur niveau au début de la saison de chauffe est donc scruté de près.

Zone Taux de remplissage Date
Union européenne 72 % 1er octobre 2026 (ENTSOG)
Allemagne 59 % 1er octobre 2026 (ENTSOG)
Union européenne 74,3 % 16 octobre 2026 (AGSI+)
France 87,4 % 16 octobre 2026 (AGSI+)

Le réseau européen des gestionnaires de transport de gaz (ENTSOG) qualifie le niveau de début octobre d'historiquement bas et décrit une campagne de remplissage difficile. Il estime néanmoins que l'Union pourra répondre à la demande hivernale. Dans son scénario de référence, les stocks tomberaient à environ 29 % fin mars, et à 13 % si l'offre de GNL restait contrainte. Pour conserver 30 % de réserves en fin d'hiver, l'Europe devrait importer environ 96 milliards de mètres cubes de GNL sur la saison.

La France apparaît mieux placée que la moyenne européenne, avec des stockages remplis à plus de 87 % mi-octobre, mais elle reste dépendante du marché européen pour ses prix. Un an plus tôt, ses stockages étaient remplis à plus de 92 %.

L'objectif européen assoupli

Le règlement européen sur le stockage impose aux États membres d'atteindre un objectif de remplissage de 90 %. Cet objectif a été assoupli : il peut désormais être atteint à n'importe quel moment entre le 1er octobre et le 1er décembre, ce qui laisse plus de souplesse aux opérateurs face à des prix d'été élevés.

Ce qui peut se passer cet hiver

Plusieurs facteurs détermineront l'évolution des prix dans les prochains mois :

Plusieurs comparateurs évoquent déjà une nouvelle hausse du prix repère en novembre, sans que son ampleur soit connue à la date de rédaction.

Les ménages chauffés au gaz particulièrement exposés

Environ un tiers des résidences principales en France sont chauffées au gaz, selon les données statistiques du ministère de la Transition écologique. Ces ménages sont directement exposés à la hausse, contrairement à ceux chauffés à l'électricité, pour lesquels le gouvernement s'est engagé à ce que le prix n'augmente pas cet hiver.

Les ménages modestes sont les plus touchés : la dépense de chauffage pèse plus lourd dans leur budget, et leurs logements sont souvent moins bien isolés. Notre article sur la précarité énergétique montrait qu'une part importante des Français renonce déjà à des dépenses essentielles pour payer leurs factures. Le gouvernement a annoncé le versement anticipé du chèque énergie dès janvier 2027.

Offre indexée ou prix fixe : un arbitrage difficile

Avec des prix orientés à la hausse, les offres à prix fixe peuvent sembler protectrices. Mais les fournisseurs intègrent les anticipations de marché dans leurs prix fixes, qui sont donc déjà élevés. L'arbitrage dépend de l'évolution des prix dans les prochains mois, que personne ne peut prévoir avec certitude. Les ménages peuvent comparer les offres sur le comparateur public du médiateur national de l'énergie.

Un signal pour la transition du chauffage

La hausse durable du prix du gaz renforce l'intérêt économique des alternatives, notamment les pompes à chaleur, dont le gouvernement veut accélérer le déploiement dans le cadre de son plan d'électrification. Elle relance aussi le débat sur l'avenir du gaz dans le chauffage individuel, que nous avions analysé dans notre article faut-il encore investir dans le gaz individuel.

Comment se décompose la facture de gaz

La facture de gaz d'un ménage comprend plusieurs composantes, qui n'évoluent pas au même rythme.

Composante Ce qu'elle couvre Rythme d'évolution
Fourniture Achat du gaz sur les marchés et coûts commerciaux du fournisseur Mensuel pour les offres indexées
Acheminement Transport, stockage et distribution du gaz jusqu'au logement Annuel, selon les tarifs fixés par la CRE
Taxes Accise sur le gaz naturel, contribution tarifaire d'acheminement, TVA Selon la loi de finances

C'est la part fourniture qui explique l'essentiel de la hausse de 2026. Elle reflète directement les prix de gros, eux-mêmes tirés par le marché mondial du GNL. Les coûts de stockage sont également en hausse, car remplir les réservoirs pendant l'été à des prix élevés renchérit le gaz soutiré en hiver.

Côté fiscalité, le projet de loi de finances pour 2027 ne modifie pas les tarifs de l'accise sur le gaz dans sa version initiale, mais une majoration liée à l'indexation pourrait s'appliquer. Plusieurs parlementaires plaident pour une modulation de la fiscalité entre électricité et gaz, afin de favoriser l'électrification, une option déjà débattue lors du précédent budget.

Une comparaison avec la crise de 2022

Les niveaux actuels restent inférieurs aux pics de l'été 2022, lorsque le prix de gros du gaz européen avait dépassé 300 euros le mégawattheure sous l'effet de la guerre en Ukraine. À l'époque, le bouclier tarifaire avait gelé le tarif réglementé de vente de gaz, ce qui avait protégé une grande partie des ménages, au prix d'un coût budgétaire de plusieurs dizaines de milliards d'euros sur l'ensemble des énergies.

Depuis la disparition du tarif réglementé de gaz en 2023, un tel bouclier serait plus difficile à mettre en place : les ménages sont répartis entre de nombreuses offres de marché, indexées ou fixes, et l'État ne dispose plus d'un tarif unique sur lequel agir. C'est l'une des raisons pour lesquelles les mesures annoncées à l'automne 2026 sont plutôt ciblées, comme le chèque énergie.

Questions fréquentes

Quel est le prix repère du gaz en octobre 2026 ?

182,88 euros le mégawattheure TTC en moyenne, en hausse de 6,3 % par rapport à septembre, selon la CRE.

Combien coûte le kilowattheure de gaz pour le chauffage ?

Environ 0,1456 euro TTC dans la zone GRDF, avec un abonnement d'environ 360,79 euros par an, sur la base du prix repère d'octobre.

Mon contrat est-il concerné ?

Oui si votre offre est indexée sur le prix repère. Non, jusqu'à son échéance, si vous avez un contrat à prix fixe.

Pourquoi le prix du gaz augmente-t-il ?

En raison de la crise au Moyen-Orient, qui perturbe l'approvisionnement mondial en GNL, et de la forte dépendance de l'Europe à ce gaz importé.

Les stocks de gaz sont-ils suffisants pour l'hiver ?

Les gestionnaires de réseaux estiment que l'Union pourra répondre à la demande, malgré des stocks historiquement bas. La France est mieux remplie que la moyenne européenne.

Le prix du gaz va-t-il encore augmenter ?

Plusieurs comparateurs anticipent une nouvelle hausse en novembre. L'évolution dépendra de la météo, du contexte géopolitique et du marché du GNL.

Le gouvernement a-t-il prévu un gel du prix du gaz ?

L'engagement de gel annoncé en octobre porte sur l'électricité. Pour le gaz, le gouvernement a annoncé le versement anticipé du chèque énergie aux ménages modestes.