Le gouvernement a demandé à EDF de faire tourner son parc nucléaire au maximum de ses capacités pendant l'hiver 2026-2027. Annoncée par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de son allocution du 7 octobre, cette demande accompagne l'engagement de ne pas augmenter le prix de l'électricité cet hiver. Elle vise à réduire le recours aux centrales à gaz, dont le coût s'est envolé avec la crise au Moyen-Orient, et à limiter ainsi la pression sur les prix de gros.
EDF maintient de son côté une estimation de production nucléaire comprise entre 350 et 370 térawattheures (TWh) pour 2026, comme pour 2027, contre 373 TWh produits en 2025. Les marges de manœuvre existent, mais elles sont étroites et tiennent davantage à la programmation des arrêts qu'à une puissance cachée.
Ce que le gouvernement a demandé
Le Premier ministre a demandé à EDF de mobiliser au maximum ses capacités de production pendant l'hiver, dans le strict respect des exigences de sûreté nucléaire. La ministre déléguée chargée de l'Énergie, Maud Bregeon, a justifié cette demande par un raisonnement simple : plus le nucléaire et les énergies renouvelables produisent, moins le prix de l'électricité dépend du gaz sur le marché européen.
Le cabinet de la ministre estime que la disponibilité des réacteurs devrait progressivement augmenter jusqu'au milieu de l'hiver, à mesure que les arrêts programmés s'achèvent.
Ce qu'EDF prévoit
EDF n'a pas modifié son estimation de production depuis la présentation de ses résultats semestriels, le 31 juillet 2026.
| Année | Production nucléaire en France |
|---|---|
| 2025 (réalisé) | 373 TWh |
| 2026 (estimation) | 350 à 370 TWh |
| 2027 (estimation) | 350 à 370 TWh |
| 2028 (estimation) | 345 à 375 TWh |
Le groupe avait par ailleurs revu à la baisse ses perspectives financières pour 2026, anticipant un excédent brut d'exploitation en recul d'environ 10 % sur un an, en raison de la baisse des prix observée au premier semestre et des épisodes de canicule.
Pourquoi la production 2026 est en retrait
Les canicules de l'été
Les épisodes de forte chaleur de l'été 2026 ont réduit la disponibilité du parc. Plusieurs centrales situées en bord de fleuve doivent limiter leur production lorsque la température de l'eau dépasse certains seuils, afin de respecter les règles de protection des milieux aquatiques. La production hydraulique a également été pénalisée par la sécheresse.
La modulation au premier semestre
Au premier semestre 2026, les prix de gros étaient bas, avec de nombreuses heures à prix négatifs liées à l'abondance de production solaire. Selon RTE, EDF a réduit volontairement sa production nucléaire d'environ 10 TWh sur cette période, pendant les heures de prix bas. Cette modulation, devenue plus fréquente avec l'essor des renouvelables, n'est pas liée à un problème technique.
Les arrêts programmés
Chaque réacteur doit être arrêté régulièrement pour le rechargement du combustible, la maintenance et les visites décennales, qui permettent de prolonger sa durée d'exploitation. Le calendrier de ces arrêts conditionne la disponibilité du parc à chaque période de l'année.
Où sont les marges de manœuvre
La demande du gouvernement ne peut pas créer de capacités supplémentaires : le parc compte un nombre donné de réacteurs, dont la puissance est fixée. Les marges portent sur trois leviers :
- décaler des arrêts programmés de l'hiver vers le printemps ou l'été, lorsque c'est compatible avec la sûreté et la gestion du combustible ;
- optimiser la durée des arrêts en cours pour remettre plus vite les réacteurs sur le réseau ;
- éviter la modulation à la baisse pendant les périodes où la demande est forte.
Ces leviers sont réels, mais leur effet se mesure en quelques térawattheures et en disponibilité aux moments critiques, plutôt qu'en un bond de production.
Un effet limité sur le tarif de cet hiver
La demande faite à EDF ne fera pas baisser mécaniquement le prix payé par les ménages cet hiver. Le tarif réglementé est calculé à partir d'achats d'électricité étalés sur vingt-quatre mois : le prix du kilowattheure facturé en janvier est déjà en grande partie déterminé. Une production nucléaire record en janvier ne modifierait donc pas le tarif de janvier.
L'effet est indirect : une forte production réduit le besoin de recourir aux centrales à gaz lors des pointes, ce qui peut limiter les prix de gros et, à terme, les achats pris en compte dans les tarifs futurs. Elle améliore aussi la sécurité d'approvisionnement et peut accroître les exportations, qui génèrent des revenus pour EDF.
Le nucléaire, pilier du système électrique français
Le parc nucléaire français compte 57 réacteurs depuis la mise en service de l'EPR de Flamanville. Il assure environ deux tiers de la production d'électricité du pays, selon les bilans de RTE. Cette part élevée explique pourquoi la France a, en moyenne, des prix de production plus bas et une électricité plus décarbonée que la plupart de ses voisins.
Mais la France est interconnectée au réseau européen, et les prix de gros se forment sur un marché commun. Lorsque la demande européenne exige l'appel à des centrales à gaz, leur coût fixe le prix pour tous, y compris pour l'électricité produite à partir du nucléaire. C'est ce mécanisme qui rend le prix de l'électricité sensible au prix du gaz, même dans un pays majoritairement nucléaire.
Le nouveau cadre de vente de l'électricité nucléaire
Depuis le 1er janvier 2026, l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (Arenh), qui permettait aux fournisseurs d'acheter une partie de la production d'EDF au prix fixe de 42 euros le mégawattheure, a pris fin. Il est remplacé par un dispositif de partage des revenus du nucléaire au-delà de certains seuils de prix, destiné à reverser aux consommateurs une partie des gains d'EDF lorsque les prix de marché sont élevés.
Les conditions de déclenchement de ce mécanisme dans le contexte de l'hiver 2026-2027 sont l'un des enjeux suivis par la Commission de régulation de l'énergie et par les fournisseurs. Notre article sur l'évolution du tarif réglementé en rappelle le contexte.
Les enjeux pour EDF
Pour EDF, une production élevée en hiver, lorsque les prix sont hauts, est favorable à ses résultats, après un premier semestre pénalisé par des prix bas. Le groupe fait face à des besoins d'investissement considérables : maintenance et prolongation du parc existant, programme de six nouveaux réacteurs EPR2 estimé à 72,8 milliards d'euros, développement des renouvelables et des réseaux.
Le secteur nucléaire connaît par ailleurs un regain d'intérêt pour des concepts innovants, comme les petits réacteurs modulaires, dont nous avions évoqué un exemple avec le projet de barge nucléaire flottante de Newcleo.
Et si l'hiver est froid ?
Un hiver rigoureux augmenterait fortement la consommation d'électricité, en raison de la part importante du chauffage électrique en France. La demande pourrait alors dépasser ponctuellement les capacités de production nationale, nécessitant des importations et l'appel aux centrales à gaz. RTE publie habituellement à l'automne ses perspectives pour l'hiver, qui évaluent le niveau de risque sur l'équilibre entre l'offre et la demande.
Les dispositifs de flexibilité, comme l'effacement de consommation, le pilotage de la recharge des véhicules électriques et le stockage par batteries, contribuent à passer les pointes. Notre enquête sur les investissements des grands groupes dans le stockage décrivait cet essor.
Ce qu'il faut surveiller
- La disponibilité du parc au fil de l'hiver, publiée par EDF dans ses données de transparence.
- Les perspectives hivernales de RTE, attendues à l'automne.
- Les prix de gros, qui refléteront l'équilibre entre production nucléaire, renouvelable et demande.
- Une éventuelle révision de l'estimation de production par EDF.
Comment se calcule la disponibilité du parc
La production nucléaire annuelle dépend de deux paramètres : la puissance installée et le taux de disponibilité des réacteurs. Le parc français dispose d'une puissance d'environ 63 gigawatts. S'il fonctionnait à pleine puissance toute l'année, il produirait plus de 550 TWh. En pratique, les arrêts pour rechargement, maintenance et contrôles, ainsi que la modulation, ramènent la production à un niveau nettement inférieur.
| Paramètre | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Puissance installée du parc | Environ 63 GW |
| Production théorique à pleine puissance sur un an | Plus de 550 TWh |
| Production 2025 | 373 TWh |
| Estimation 2026 | 350 à 370 TWh |
L'écart entre la production théorique et la production réelle donne une idée des marges : chaque point de disponibilité gagné représente environ 5 à 6 TWh sur une année. Mais ces marges ne sont pas mobilisables à volonté, car les arrêts sont nécessaires à la sûreté et à l'exploitation à long terme du parc.
Le souvenir de 2022
La demande du gouvernement intervient quatre ans après l'hiver 2022-2023, lorsque la production nucléaire française était tombée à son plus bas niveau depuis trente ans, à environ 279 TWh, en raison de problèmes de corrosion sous contrainte découverts sur plusieurs réacteurs et des retards de maintenance liés à la crise sanitaire. La France était alors devenue importatrice nette d'électricité sur l'année, ce qui avait contribué à l'envolée des prix.
Depuis, la production s'est redressée, et la France a retrouvé sa position d'exportatrice d'électricité. Cette remontée explique pourquoi le pays aborde l'hiver 2026-2027 dans une situation plus favorable qu'en 2022, malgré la crise au Moyen-Orient.
Les exportations, un enjeu financier
Lorsque la production nationale dépasse la consommation, la France exporte vers ses voisins. En période de prix élevés, ces exportations génèrent des revenus importants pour EDF et contribuent à la sécurité d'approvisionnement européenne. Une production nucléaire maximale cet hiver pourrait ainsi renforcer la position de la France comme premier exportateur d'électricité en Europe, tout en limitant le recours aux centrales à gaz chez ses voisins.
Le bilan de l'hiver permettra de mesurer l'effet réel de la demande gouvernementale sur la production et sur les prix.
Questions fréquentes
Qu'a demandé le gouvernement à EDF ?
De mobiliser au maximum ses capacités de production nucléaire pendant l'hiver 2026-2027, dans le respect des exigences de sûreté.
Combien EDF prévoit-il de produire en 2026 ?
Entre 350 et 370 TWh, contre 373 TWh en 2025, selon l'estimation présentée en juillet et maintenue depuis.
Pourquoi la production est-elle en retrait en 2026 ?
En raison des canicules de l'été, qui ont réduit la disponibilité de certaines centrales, et d'une modulation volontaire d'environ 10 TWh au premier semestre pendant les périodes de prix bas.
Cette demande va-t-elle faire baisser ma facture cet hiver ?
Pas directement. Le tarif réglementé repose sur des achats étalés sur deux ans. L'effet est indirect, via une moindre pression sur les prix de gros.
Comment EDF peut-il produire plus ?
Principalement en décalant certains arrêts programmés de l'hiver vers d'autres périodes et en évitant de moduler à la baisse pendant les périodes de forte demande.
Pourquoi le prix de l'électricité dépend-il du gaz ?
Parce que les prix se forment sur un marché européen interconnecté, où les centrales à gaz, appelées lors des pointes, fixent souvent le prix pour toutes les productions.
Combien de réacteurs compte la France ?
57 réacteurs depuis la mise en service de l'EPR de Flamanville, qui assurent environ deux tiers de la production d'électricité.




