Le prix de l'électricité pour livraison en 2027 a presque doublé sur les marchés de gros en quatre mois. Le contrat annuel en base, dit « Cal-27 », qui s'échangeait autour de 57 euros le mégawattheure hors taxes en moyenne en juin 2026, a clôturé septembre vers 91 euros et dépassait 107 euros à la mi-octobre, selon les données d'EEX relayées par la presse spécialisée. Cette envolée suit celle du gaz, tirée par la crise au Moyen-Orient.

Pour les consommateurs, l'effet n'est pas immédiat ni uniforme. Les nouvelles offres à prix fixe intègrent déjà la hausse, tandis que le tarif réglementé, calculé sur une moyenne d'achats de vingt-quatre mois, ne la répercutera que progressivement, sous réserve de l'engagement de gel pris par le gouvernement pour cet hiver.

Ce que mesure le Cal-27

Sur les marchés de gros, l'électricité s'échange à différents horizons : pour le lendemain (marché spot), pour le mois suivant, pour un trimestre ou une année. Le contrat annuel en base, appelé Cal suivi de l'année, porte sur la livraison d'une puissance constante pendant toute l'année concernée. Il sert de référence aux fournisseurs pour construire leurs offres et pour couvrir leurs besoins.

Le Cal-27 reflète donc les anticipations des acteurs sur le prix moyen de l'électricité en 2027. Sa hausse traduit une crainte d'un prix durablement élevé, au moins pour l'année prochaine.

Une hausse spectaculaire

Date Prix du Cal-27 en base (hors taxes)
Juin 2026 (moyenne) Environ 57 euros/MWh
Fin septembre 2026 Environ 91 euros/MWh
12 octobre 2026 Environ 104 euros/MWh
13 octobre 2026 Environ 107 euros/MWh

Entre la moyenne de juin et la mi-octobre, la progression atteint environ 85 %. Le contrat pour 2028 s'échange, lui, à un niveau nettement inférieur, de l'ordre de 40 % sous celui de 2027, ce qui indique que les marchés anticipent un retour progressif à des prix plus modérés.

Pourquoi l'électricité suit le gaz

En Europe, le prix de l'électricité se forme sur un marché interconnecté selon un principe dit d'ordre de mérite : les centrales sont appelées de la moins chère à la plus chère, et c'est la dernière centrale nécessaire pour satisfaire la demande qui fixe le prix. Lors des périodes de forte consommation, cette centrale marginale est souvent une centrale à gaz.

Lorsque le prix du gaz augmente, le coût de production de ces centrales augmente, et avec lui le prix de l'électricité, même si l'essentiel de la production française est d'origine nucléaire ou renouvelable. Sur le marché français du gaz, le contrat pour livraison en novembre 2026 s'échangeait autour de 86 euros le mégawattheure le 18 octobre.

Les facteurs de la flambée

La crise au Moyen-Orient

Depuis la fin février 2026, le conflit autour du détroit d'Ormuz perturbe l'approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié, dont l'Europe dépend largement depuis l'arrêt de la plupart des importations de gaz russe. L'incident du 17 octobre, lors duquel un superpétrolier a heurté une mine, a ravivé les craintes.

Les stocks de gaz

Les stocks européens de gaz abordent l'hiver à un niveau jugé historiquement bas par les gestionnaires de réseaux, autour de 72 % au 1er octobre en moyenne pour l'Union. Cette situation accroît la prime de risque intégrée dans les prix.

Le parc de production

Les canicules de l'été 2026 ont pesé sur la disponibilité du parc nucléaire et sur la production hydraulique. EDF table sur une production nucléaire de 350 à 370 TWh en 2026, en retrait sur 2025. Toute incertitude sur la disponibilité du parc en hiver se reflète dans les prix.

Les volumes de septembre

Septembre est traditionnellement l'un des mois les plus actifs sur les contrats annuels, car de nombreux acheteurs, fournisseurs et industriels, couvrent leurs besoins de l'année suivante. Les achats réalisés pendant ce mois de forte hausse pèseront sur les coûts des fournisseurs en 2027.

Ce que cela change pour les offres de marché

Les fournisseurs construisent leurs offres à prix fixe en achetant à l'avance l'électricité correspondante. Une offre à prix fixe souscrite aujourd'hui pour un ou deux ans intègre donc les prix de gros actuels. Les nouvelles offres proposées depuis la fin de l'été sont en conséquence plus chères que celles du printemps.

Type d'offre Exposition à la hausse des prix de gros
Offre à prix fixe souscrite avant l'été Protégée jusqu'à l'échéance
Nouvelle offre à prix fixe Intègre la hausse dès la souscription
Offre indexée sur le tarif réglementé Suit le tarif, donc l'éventuel gel
Offre dynamique ou indexée sur le marché spot Directement exposée

Notre décryptage sur le fonctionnement du marché des fournisseurs détaille ces mécanismes.

Ce que cela change pour le tarif réglementé

Depuis la fin de l'Arenh, le 31 décembre 2025, la part énergie du tarif réglementé est calculée à partir des prix de marché. La Commission de régulation de l'énergie utilise une moyenne des prix sur vingt-quatre mois, ce qui lisse les hausses comme les baisses. Les prix élevés de l'automne 2026 n'entrent donc dans le calcul que pour une fraction.

Cette fraction n'est toutefois pas négligeable. Selon les calculs relayés par la presse spécialisée, l'écart entre les prix des mois d'hiver 2027 et ceux pris en compte précédemment atteignait plusieurs centimes par kilowattheure à la mi-septembre. Plusieurs analystes anticipaient donc une hausse au 1er février 2027, avant l'engagement du gouvernement de geler les prix cet hiver.

La CRE publiera sa proposition vers la mi-janvier. Le gouvernement devra alors décider comment honorer son engagement : baisse de la fiscalité, report de la hausse ou autre mécanisme. Notre article sur l'évolution du tarif réglementé rappelle sa construction.

Les entreprises et les collectivités en première ligne

Les entreprises et les collectivités qui ne bénéficient pas du tarif réglementé négocient leurs contrats aux conditions du marché. Celles dont le contrat arrive à échéance fin 2026 sont directement exposées à la hausse du Cal-27. Pour une PME qui consomme 500 MWh par an, une hausse de 50 euros par mégawattheure sur la part énergie représente un surcoût de 25 000 euros par an, hors taxes et acheminement, selon un calcul de la rédaction.

Les industriels électro-intensifs, très sensibles au prix de l'électricité, suivent de près l'évolution des marchés et les modalités du nouveau cadre de vente de l'électricité nucléaire qui a remplacé l'Arenh.

Un phénomène européen

La hausse n'est pas propre à la France. L'ensemble des marchés européens de l'électricité sont touchés, avec des niveaux souvent plus élevés dans les pays où la production dépend davantage du gaz, comme l'Allemagne ou l'Italie. La France conserve un avantage relatif grâce à son parc nucléaire et à ses exportations, mais elle reste exposée par l'interconnexion des marchés.

Les signaux de détente

Plusieurs éléments pourraient faire refluer les prix :

Le niveau nettement inférieur du contrat 2028 montre que les marchés anticipent une normalisation progressive, sans pouvoir en garantir le calendrier.

Spot et terme : deux marchés, deux logiques

Il ne faut pas confondre les prix à terme, comme le Cal-27, et les prix spot, fixés chaque jour pour le lendemain. Les prix spot dépendent de la situation immédiate : météo, production solaire et éolienne, disponibilité des centrales, consommation. Ils peuvent être très bas, voire négatifs, lors des journées ensoleillées et venteuses, et très élevés lors des pointes de froid.

En 2026, la France a ainsi connu à la fois un nombre record d'heures à prix négatifs, notamment au printemps lors des pics de production solaire, et une forte hausse des prix à terme pour l'année suivante. Ces deux phénomènes ne sont pas contradictoires : ils traduisent un système électrique où l'abondance de production renouvelable fait baisser les prix certaines heures, tandis que la dépendance au gaz pendant les périodes tendues fait monter les prix moyens anticipés.

Comment les fournisseurs se couvrent

Pour proposer des offres stables, les fournisseurs achètent une grande partie de l'électricité nécessaire plusieurs mois, voire plusieurs années à l'avance. Cette stratégie de couverture les protège contre la volatilité, mais elle les expose au moment où ils achètent. Un fournisseur qui a acheté une grande partie de ses besoins 2027 avant l'été bénéficie de prix plus bas qu'un concurrent qui a acheté en septembre.

Cette différence explique les écarts de prix entre fournisseurs sur les nouvelles offres. Elle explique aussi la fragilité de certains acteurs : lors de la crise de 2022, plusieurs fournisseurs mal couverts avaient dû cesser leur activité ou suspendre la commercialisation de leurs offres.

Le rôle de la CRE

La Commission de régulation de l'énergie surveille le fonctionnement des marchés de gros, publie des observatoires trimestriels et peut sanctionner les manipulations de marché. Elle calcule aussi le tarif réglementé et veille à ce que les fournisseurs alternatifs puissent le concurrencer. Ses analyses de l'automne et sa proposition tarifaire de janvier seront des repères essentiels pour mesurer l'impact réel de la flambée sur les consommateurs.

Ce que révèle la courbe des prix

La forte différence entre le prix 2027 et le prix 2028 constitue en elle-même une information. Elle montre que les acteurs considèrent la tension actuelle comme liée à une crise conjoncturelle, plutôt qu'à un changement durable de l'équilibre du système électrique européen. Une partie des achats des fournisseurs et des industriels pourrait d'ailleurs se reporter vers des contrats de plus long terme, moins chers, pour lisser leurs coûts.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Cal-27 ?

Le contrat annuel d'électricité en base pour livraison pendant toute l'année 2027, référence pour les fournisseurs et les grands consommateurs.

De combien a-t-il augmenté ?

D'environ 57 euros le mégawattheure en moyenne en juin 2026 à plus de 107 euros à la mi-octobre, soit une hausse d'environ 85 %.

Pourquoi l'électricité augmente-t-elle avec le gaz ?

Parce que les centrales à gaz fixent souvent le prix sur le marché européen lors des périodes de forte demande.

Le tarif réglementé va-t-il augmenter ?

Sa méthode de calcul lisse les hausses sur deux ans, mais une partie de la hausse finira par s'y répercuter. Le gouvernement s'est engagé à ce que le prix n'augmente pas cet hiver.

Faut-il souscrire une offre à prix fixe maintenant ?

Les nouvelles offres à prix fixe intègrent déjà la hausse des marchés. L'intérêt dépend de l'évolution future des prix, qui reste incertaine.

Les prix vont-ils baisser en 2028 ?

Les marchés l'anticipent : le contrat 2028 s'échange nettement sous celui de 2027. Mais ces anticipations peuvent évoluer.

Les entreprises sont-elles plus exposées que les ménages ?

Oui, celles qui n'ont pas accès au tarif réglementé et dont le contrat arrive à échéance supportent directement les prix de marché.